Les années cinquante sont-elles solubles dans la science-fiction ?

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Notre projet est parti de deux ouvrages publiés dans les années cinquante, « Le Divan à Réaction » (par Robert Mitchell Lindner), publié en décembre 1954 et janvier 55, par le magazine Harper’s, et « Z comme Zorglub » de Franquin et Greg, publié en feuilleton, dans Spirou, en 1959.

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Pour ce qui concerne « Le Divan à Réaction », nous présentons ICI le cas de Kirk Allen (un alias) décrit par son psychanalyste, et ses possibles convergences avec la biographie de Cordwainer Smith, auteur d’un cycle de nouvelles et de romans de SF particulièrement baroques et imaginatifs, lancé dans les années cinquante.

%22Mythologies%22 (R. Barthes, 1957)Image 2

La science fiction humaniste et torturée de Cordwainer Smith est pourtant aux antipodes de la SF des années 50, qui trouve ses alliés non du côté des philosophes et des écrivains, mais plutôt du côté des publicitaires, des agences de marketing, des militaires préoccupés de manipulation psychique etc. C’est l’époque où l’on invente le brain-storming, les images subliminales, le LSD, la Scientologie, où l’on conçoit la décoration intérieure comme si elle devait passer des tests de CX en soufflerie… L’époque où le graphisme des couvertures de romans de SF et des publicités pour  technologies spatiale s’inspirent l’un de l’autre. C’est aussi le temps où Roland Barthes publiait des textes sur la DS de Citroën et sur les pilotes de jets (« Mythologies »),  où Raymond Loewy racontait sa vie de designer industriel (son livre, « La Laideur se vend Mal » décrit comment les lignes aérodynamiques ont triomphé des vilains engins victoriens chargés de lourdes décorations rococo),

%22La Laideur se vend mal%22 (R. Loewy, 1952)

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l’époque, enfin, où l’Américain Vance Packard publie son livre surles techniques occultes utilisées parles publicitaires

(« La persuasion Clandestine »).

%22La Persuasion Clandestine%22 (V. Packard, 1958)

Le « Z comme Zorglub » de Franquin et Greg (ainsi que sa suite « L’Ombre du Z »), est un merveilleux condensé de toutes les pratiques de persuasion et d’hypnoses mises en œuvres par les forces de l’industrie, de la publicité et des arts du design et du graphisme pendant les années 50. Franquin résume tout cela à travers le personnage de Zorglub, avec l’intuition et l’humour d’un dessinateur qui perçoit qu’un nouveau genre d’intelligence se cache derrière les lignes fluides et fascinantes de la modernité.

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Zorglub (« Grosse Bulle », en Zorglangue), c’est le « fantôme » dans la machine à laver la vaisselle… un esprit malin qui vous hypnotise, vous laisse en état de stupeur béate devant les courbes gracieuses d’un sèche-cheveux, d’une Citroën DS ou d’une lampe Eames (vérifiez comme les états hypnotiques de Fantasio et Spirou sont systématiquement liés à ces types d’objets).

ZORGLUB02 La « bulle » est au cœur de cette esthétique qui vous masse le cortex (la Zorglonde est un shampouin psychique: elle fait sortir des bulles du cerveau)  et vous promets de beaux lendemains chauffés à l’énergie atomique – on la retrouve dans la forme du casque des cosmonautes, l’avant de la DS, les publicités pour savon etc… Zorglub sort de sa bulle de savon, comme le diable de sa boîte de lessive, c’est le « malin génie » de l’époque : mi-publicitaire, mi- fabriquant d’arme avec un zeste de magie vaudou pour parachever l’envoûtement…
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Voilà donc quelques unes des clés du match que se livrent deux incarnations différentes du futur: la SF d’avant-guerre contre la SF d’après-guerre, Zarth Arn contre Gibb Zelbub —l’empire des Etoiles contre l’empire de l’Atome…

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Bientôt le festival d’Angoulême…

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Illustrator à l’ancienne.

Je continue ma série d’illustrations en vue d’une future exposition.

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En Lituanien…

En Lituanien...

Voici la première traduction de notre album par les Editions ZARA. Sortie prévue pour le Salon du livre de Vilnius du 21 au 24 février où je serais présent invité par L’institut Français de Lituanie.

F COMME FRANQUIN…

Un de ceux qui avaient le mieux compris le lien entre le design et la science-fiction était André Franquin. Il travaillait à Bruxelles non loin de l’exposition universelle de 1958 et il avait l’occasion d’observer l’émergence de l’ère de l’atome depuis la première place. Témoignant ainsi du choc frontal de la modernité et de la tradition.

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Voici une petite séquence extraite de notre album.(veuillez cliquer sur les images afin de voir en plus grand)

La scène se passe devant l’Institut Von Karman, à Rhode St Genèse.Image 2

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Ce beau bâtiment industriel aux lignes pures et fonctionnelles se situait, incidemment, sur le trajet Bruxelles-Waterloo qu’effectuait Franquin chaque fois qu’il rendait visite à son ami Jijé.

(Et pour être tout à fait complet, je précise qu’à l’époque où cet institut a opéré quelques tests en soufflerie  sur la structure aérodynamique très particulière de l’Atomium, le père de T.S. y exerçait la fonction de directeur technique.)

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Le personnage de Zelbub est un avatar du Zorglub, créé par Franquin, avec son style aérodynamique et ces machines futuristes portant l’élan d’un futur fascinant mais dangereux.

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Le « Bell X-22 » avion à décollage vertical de l’époque, inspiration de Franquin?

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Extrait de notre album.

Une maison inspirée de la maison familiale du petit T.S., dont les lectures de SF se superposaient aux histoires rocambolesques de Franquin et de Greg publiées dans le magazine Spirou..

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HISTOIRE GRAPHIQUE DE LA SCIENCE FICTION: les années 30.

Dans « Souvenirs de l’Empire de l’Atome », nous sommes invités à traverser différentes époques de la SF du 20e siècle (qui correspondent à des chapitres très précis de la vie du protagoniste principal).  Paul est habité par cette forme de littérature qu’il a découverte à la fin des années 20, à l’âge de treize-quatorze ans.  Ces lectures complètement immersives lui ont permis d’échapper à un certain nombre de problèmes intimes.

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extrait de « souvenirs de l’empire l’atome ».

Un colis contenant des dizaines de revues et de livres de SF lui est parvenu à Shanghai. L’époque est vouée à la SF flamboyante des magazines pulps: couvertures criardes et surréalistes, idées foisonnantes qui mettent en place les grands thèmes du Space Opera classique. Les fusées sont des machines de guerre décoratives, parées comme des boucliers barbares, et les conquêtes sont à l’image des guerres antiques, histoires de trônes qui vacillent sous les attaques de tribus sanguinaires venus des confins barbares. C’est la période barbare (qui suit directement une période « victorienne » et humaniste de la SF, celle de H.G. Wells, Olaf Stapledon et de Jules Verne); dans la bande dessinée, les aventures de Buck Rogers sont directement issues de cette période.

Image 10 Image 81 - amaz_2705 MOON POOL !

Le Flash Gordon d’Alex Raymond commence sur le mode « barbare », dans l’esprit pulp des magazines bon marché, mais évolue très rapidement durant les années 30. Une influence majeure de Raymond, qui l’amène à modifier son style est le film « Things To Come » (1936), tiré d’un roman de H.G. Wells. Le scénario esquisse une histoire du futur chargée de questions humanistes (le progrès scientifique versus l’obscurantisme). Le film, magnifique, est pénétré d’une esthétique qui vient directement des recherches architecturales et du design du Bauhaus. Les effets spéciaux lumineux sont réalisés par Moholy-Nagy, l’un des artistes les plus inventifs et les plus profonds de la fameuse école allemande. C’est aussi le moment où se développe en Amérique la notion de « design industriel » (Raymond Loewy étant l’un des représentants les plus fameux de cette nouvelle approche), et la science fiction et le design commencent alors à marcher main dans la main.

Après la seconde guerre mondiale, la tendance ira s’accentuant, et la fascination pour un futur atomique (et aérodynamique) va désormais imprégner tous les objets du quotidien.

extrait de « souvenirs de l’empire l’atome »

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Things to come, décors de Moholy Nagy.

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L’architecture du Bauhaus en Israël.

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Concept-car Bugatti Atlantic des années 30.

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Flash Gordon, d’Alex Raymond.

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